Khirôn Poem Rhyme Scheme and Analysis

Rhyme Scheme: AABBCCBBBB BBDDBBBBBBBBBBBBBB EEFFAAGGBBBBCCBB BBBBHIBBFFBBBBFF JJBB BBBBKKAAFFBBCCFFFABB AALLMMFF NNBBIIBBBBFFCCBBAAAA IIBBEEBB CCBBAABBBBBBFFBB IIBBFFBBMMBBAAAJBBBB FFEEFFBBLLEEFFBBEEBB EELEJOBBFFEEFFBBBB BBFFEEBBBBFFFFFFBBBB FFFFBBFF BBFFBBEEFFEEBBBBBBFF BBBBBBFFFFFFBBBBBBFF EE BBFFIIJFFFFFFFFFFFBB BBBBBBFFBBFFBB FFFFBBFFBBFFBBEEBB EEFBBBBBBBBBBBFFBBBB FFBB BBBBFFBBBBFFFFBBBBBB FFBBEEEEBBFKBBFFBB FFBBBBFFBBBBEEFFBB BBKFEEBBJJFFLLKKFFBB IIBBLLFFBBBBBBBBIIFF BBBBBBBBFFFFFFBB BBBBEEBBBBFFBB BBFFBBBBBBFF BBBBBBFFFFEEFFEE BBFFFFBBBBBBBBBB BBFFBBBBBB FFBBBBBBOOBBBBBKBBBB BBFFBBBBFFBBFF BBBBFKBBFFBBBBBBBBII BBBBBBFFKBFFEEFFFFEE BBFFBBEEFFBBFFFFBBFF BBFFBBBB BBFFBBFFFFFFFFEEFFBB BBBBFFEEBBFFBBEEBBBB BBFFBBEE FFEEFLKKFFFFBBBBFFFF BBBB BBFFBBBBFFEEBBFFBBBB BBFFFFBBBBBBBBFFBBBB BBBBBBFFBBIIBBFFBBFF FFBB BBBBBBBBFFFFFFEEBB BBFFBBFFFFBBFFBBKKBB LLBBFF BBFFFF BBFFBBBBFFFFFFBBBBEE FFFFLLBBBBFF FFBBFFFFBBBBFFFFEEBB FFBBBBFFEE FFBBEEFFFFFFFFFFBBFF FFFF BBBBBBFFFFBBBBFFBBFF BBF FFFBBBBBBBBFFBBFFFFB BFFBBBBB BBB EEBBBBBBFFBBFFBBBBBB FFBBEEFFFFBBBBBBBB BBBBFF

H lios d sertant la campagne infinieA
S'incline plein de gloire aux plaines d'HaimonieA
Sa pourpre flotte encor sur la cime des montsB
Le grand fleuve Oc an apaise ses poumonsB
Et l'invincible Nuit de silence charg eC
D j d'un voile pais couvre les flots d'Aig eC
Mais sur le Boib is aux rougissantes eauxB
O l' talon Lapithe humecte ses naseauxB
Sur la divine Hellas et la mer de PagaseB
La robe d'H lios se d ploie et s'embraseB
-
Non loin du P li n couronn de grands pinsB
Par les sentiers touffus par les vagues cheminsB
Les pasteurs beaux enfants la robe grossi reD
Qui d'un agile lan courent dans la poussi reD
Ram nent tour tour et les boeufs indolentsB
Dont la lance h tive aiguillonne les flancsB
Les ch vres aux pieds s rs d daigneuses des plainesB
Et les blanches brebis aux florissantes lainesB
Sur de rustiques chars les vierges aux bras nusB
Jettent au vent du soir leurs rires ing nusB
Et tant t de narcisse et d' pis couronn esB
C l brent D m t r en chansons altern esB
Durant l' clat du jour au milieu des joncs vertsB
En d'agrestes cours d'eau de platanes couvertsB
Les unes ont lav les toiles transparentesB
Les autres ont coup les moissons odorantesB
Et toutes d laissant la fontaine ou les champsB
Charmentau loin l' cho du doux bruit de leurs chantsB
-
L'heure fuit le ciel roule et la flamme reculeE
La splendide vapeur du flottant cr pusculeE
S' panche autour des chars baignant d'un pur refletF
Ces bras o le sang luit sous la blancheur du laitF
Ces chastes seins enclos sous le lin diaphaneA
Qui jamais n'ont bondi sous une main profaneA
Ces cheveux d nou s beau voile heureux tr sorG
Que le vent amoureux d roule en boucles d'orG
Sur les bl s les tissus l'une pr s l'autre assisesB
Elles vont unissant leurs chansons ind cisesB
Leurs rires clatants Et les jeunes pasteursB
S'empressent pour les voir et par des mots flatteursB
Caressent en passant leur vanit cach eC
Tels quittant la montagne en son repos couch eC
Ces beaux enfants d'Hellas aux immortels chosB
Poussent troupeaux et chars vers les murs d'IolkosB
-
Mais voici qu'au d tour de la route poudreuseB
Un tranger s'avance et cette foule heureuseB
Le regarde et s' tonne et du geste et des yeuxB
S'interroge aussit t Il approche Les DieuxB
D'un sceau majestueux ont empreint son visageH
Dans ses regards profonds r gne la paix du sageI
Il marche avec fiert Sur ses membres nerveuxB
Flotte le lin d' gypte aux longs plis Ses cheveuxB
Couvrent sa vaste paule et dans sa main guerri reF
Brille aux yeux des pasteurs la lance meurtri reF
Silencieux il passe et les adolescentsB
coutent r sonner au loin ses pas puissantsB
C'est un Dieu pensent ils et les vierges troubl esB
S'entretiennent tout bas en groupes rassembl esB
Mais semblable au lion le divin VoyageurF
S' loigne sans les voir pacifique et songeurF
-
La nuit emplit les cieux le P li n normeJ
Aux lueurs d'H kata projette au loin sa formeJ
Et sur la cime alti re o dorment les for tsB
Les astres immortels dardent leurs divins traitsB
-
Il marche Il a franchi les roches dispers esB
Formidables t moins des querelles pass esB
Alors que les G ants de leurs solides mainsB
B tissaient vers les deux d'impossibles cheminsB
Et que Zeus branlant l'escalier granitiqueK
De ces monts fracass s couvrit la Terre antiqueK
Entre deux vastes blocs au creux d'un noir vallonA
Non loin d'un bois pais que ch rit ApollonA
Un antre offre aux regards sa cavit sonoreF
Le seuil en est ouvert car tout mortel honoreF
Cet asile d'un sage et l'on dit que les DieuxB
De leur pr sence auguste ont consacr ces lieuxB
Deux torches d'olivier de leur flamme g anteC
Rougissent les parois de la grotte b anteC
L comme un habitant de l'Olympe th rF
Mais par le vol des ans fugitifs effleurF
Khir n aux quatre pieds roi de la solitudeF
Sur la peau d'un lion couche rude et nocturneA
Est assis et le jeune Aiakide au beau corpsB
Charme le grand vieillard d'harmonieux accordsB
La lyre entre ses doigts chante comme l'haleineA
De l'Euros au matin sur l' cumante plaineA
ce bruit l' tranger marche d'un pas h tifL
Et sur le seuil de pierre il s'arr te attentifL
Mais Khir n l'aper oit il d laisse sa coucheM
Un rire bienveillant illumine sa boucheM
Il interrompt l'enfant ses pieds interditF
Et saluant son h te il l'embrasse et lui ditF
-
Orph e aux chants divins que con ut KalliopeN
En une heure sacr e aux vallons du RhodopeN
Que baigne le Strym n d'un cours aventureuxB
magnanime roi des Kylones heureuxB
Dieu mortel de l'H mos qui vis le noir rivageI
Ta pr sence m'honore et mon antre sauvageI
N'a contenu jamais entre tous les humainsB
Un h te tel que toi Chanteur aux belles mainsB
Ta gloire a retenti des plaines Hell niquesB
Jusqu'aux fertiles bords o les G ants antiquesB
G missent et souvent mon oreille coutaF
De la Thrace glac e aux cimes de l'OitaF
Les sons m lodieux de ta lyre honor eC
Voler dans l'air mu sur l'aile de Bor eC
D j par l' ge teints jamais mes faibles yeuxB
Ne t'avaient contempl mortel semblable aux DieuxB
J'en atteste l'Olympe et la splendeur nocturneA
Ta vue a r joui ma grotte taciturneA
Entre repose toi sur ces peaux de lionA
Dans les vertes for ts du sombre P li nA
Jadis en mes beaux jours de force et de courageI
J'immolai de mes mains ces lions pleins de rageI
Maintenant leur poil fauve est propice au reposB
Plus que la toison blanche arrach e aux troupeauxB
Et toi fils de Th tis enfant au pied agileE
Verse l'onde qui fume en cette urne d'argileE
Et de mon h te illustre aux accents inspir sB
D'une pieuse main lave les pieds sacr sB
-
Il dit et le jeune homme sa voix v n r eC
Saisit l'urne d'acanthe et de lierre entour eC
Une eau pure et br lante y coule et gracieuxB
Il s'approche d'Orph e aux chants harmonieuxB
Roi mortel issu d'une race divineA
Permets que je te serve Et son genou s'inclineA
Et ses cheveux dor s au Sperkhios vou sB
Sur son front qui rougit s' pandent d nou sB
Le sage lui sourit l'admire et le caresseB
Que le grand Zeus mon fils ton sort s'int resseB
Le P l ide alors lave ses pieds fumantsB
Agrafe le cothurne aux simples ornementsB
Puis coute appuy sur sa pique de h treF
L'harmonieuse voix qui r pond son ma treF
Tel le jeune Bakkhos dans les divins conseilsB
S'accoude sur le thyrse aux longs pampres vermeilsB
-
Interdit devant toi fils de Kronos sageI
A peine j'ose encor contempler ton visageI
Et je doute en mon coeur que les Destins amisB
Aient vers le grand Khir n guid mes pas soumisB
Salut divin vieillard plein d'un esprit c lesteF
Que jamais rinnys dans sa course funesteF
Ne trouble le repos de tes glorieux joursB
sage vis sans cesse et sois heureux toujoursB
La v rit mon p re a parl par ta boucheM
Kalliope re ut Oiagre dans sa coucheM
Je suis n sur l'H mos de leurs embrassementsB
Pour braver Pos id n et les flots cumantsB
J'ai quitt sans regrets la verte BistonieA
O des rythmes sacr s j'encha nais l'harmonieA
Et la riche Iolkos m'a re u dans son seinA
L sur le bord des mers comme un bruyant essaimJ
Cinquante rois couverts de brillantes armuresB
Poussant jusques aux cieux de belliqueux murmuresB
Autour d'une nef noire aux destins hasardeuxB
Attendent que ma voix te conduise aupr s d'euxB
Sur la plage marine o j'ai dress ma tenteF
Environnant mon seuil de leur foule clatanteF
Tous m'ont dit Noble Orph e aux paroles de mielE
De qui la lyre enchante et la terre et le cielE
Va sois de nos d sirs le puissant interpr teF
Que le sage Centaure te suivre s'appr teF
Puisque des Minyens les h ros assembl sB
Au del des flots noirs par l'orage troubl sB
Las d'un l che repos et d'une obscure vieL
Vont chercher la Toison qu'un Dieu nous a ravieL
Rappelle lui Phryxos avec la blonde HellE
Rejetons d'Athamas que con ut N ph lE
Alors qu'abandonnant les rives d'Orkhom neF
Ils fuyaient vers Aia leur mar tre inhumaineF
Et le B lier divin les portait sur les mersB
La jeune Hell tomba dans les gouffres amersB
Et Phryxos pour calmer son ombre fraternelleE
Immola dans Kolkhos ce nageur infid leE
Il suspendit lui m me au milieu des for tsB
La brillante toison dans le temple d'AresB
Et depuis un dragon aux Dieux m mes terribleE
Veille sur ce tr sor gardien incorruptibleE
Immense vomissant la fum e et le feuL
De ses mouvants anneaux il entoure ce lieuE
Il n'a dormi jamais et tout son corps flamboieJ
Il rugit en lion en molosse il aboieO
Comme l'aigle habitant d'Athos aux pics d sertsB
Il vole h riss d' cailles dans les airsB
Il rampe il se redresse il bondit dans la plaineF
Mieux qu'un jeune talon la puissante haleineF
Et dans la sombre nuit comme aux clart s du cielE
Il darde incessamment un regard ternelE
Va donc cher compagnon harmonieux Orph eF
Pr sente ses regards cet immortel troph eF
Va Qu'il c de nos voeux et qu'il r gne sur nousB
Ses disciples anciens embrassent ses genouxB
Aux luttes des h ros il forma leur jeunesseB
Et leur ge viril implore sa sagesseB
-
Vieillard tels m'ont parl ces pasteurs des humainsB
Nourris de ton esprit lev s par tes mainsB
Le puissant H rakl s fils de Zeus et d'Alkm neF
Qui d ploie en tous lieux sa force surhumaineF
Et qui naquit dans Th be alors que le soleilE
Cacha durant trois jours son clat sans pareilE
Tiphys le nautonier qui de ses mains habilesB
Conduit les noires nefs sur les ondes mobilesB
Kast r le Tyndaride et dompteur de coursiersB
Et Celui qu'Eurotas en ses roses lauriersB
Vit na tre avec H l ne au berceau renomm eF
Sous les baisers du Dieu dont L da fut aim eF
Le l ger M l agre appui de KalydonF
Bout s qui Pallas d'un glaive d'or fit donF
P l e et T lam n Amphi n de Pall neF
Et le bel Eurotos cher au Dieu de Kyll neF
Le cavalier Nestor et Lync e aux grands yeuxB
Qui du regard p n tre et la terre et les cieuxB
Et les profondes mers et les ab mes sombresB
O l'implacable Aid s r gne au milieu des OmbresB
Et vingt autres h ros avec le fils bien nF
D'Ais n brave prudent et fier comme Ath nF
Je supplie avec eux ta sagesse profondeF
Sur leur respect pour toi tout leur espoir se fondeF
Parle que r pondrai je ces rois belliqueuxB
Ils n'attendent qu'un chef mais Arg n'attend qu'euxB
J' coute car demain d s l'aurore naissanteF
Il me faut retourner vers la mer mugissanteF
-
Les Dieux dit le Centaure ont habit parfoisB
Les bruyantes cit s et les monts et les boisB
Alors que de l'Olympe abandonnant l'enceinteF
Ils d robaient l' clat de leur majest sainteF
Ainsi roi de la Thrace tes augustes traitsB
Je me souviens du Dieu qui lance au loin les traitsB
Tel exil des cieux pasteur de ThessalieE
Je le vis s'avancer dans la plaine embellieE
Son port majestueux ses chants le trahissaientF
Et les Nymphes des bois sur ses pas s'empressaientF
Ta parole mon h te est douce mon oreilleE
Nulle voix la tienne ici bas n'est pareilleE
Mais comme un roi puissant des enfants parsB
Dispense ses tr sors en d' quitables partsB
L'impassible Destin ob i des Dieux m mesB
Ordonne l'Univers de ses d crets supr mesB
Le Destin sait voit juge Et tous lui sont soumisB
Et jamais il ne tient que ce qu'il a promisB
Repose toi mon h te et daigne en ma retraiteF
Calmer la sombre faim Cher P l ide appr teF
Et le miel et le vin et nos agrestes metsB
Bient t roi de la Thrace chanteur qui soumetsB
Au joug m lodieux les for ts anim esB
Les sources des vallons de tes accents charm esB
Et les rochers mus et les b tes des boisB
Bient t le noir Destin parlera par ma voixB
Le Destin d vorant sourd comme l'onde am reF
Engloutit son jour toute chose ph m reF
fils d'Oiagre Et moi par Kronos engendrF
Qui dus tre immortel dont l' ge immesurF
De g n rations embrasse un vaste nombreF
Moi qui de l'avenir perce le voile sombreF
Il me semble qu'hier j'ai vu les premiers cieuxB
Que Phyllire ma m re en son amour joyeuxB
Hier en ses doux bras abritait ma faiblesseB
Ne touch je donc pas l'aride vieillesseB
N'ai je pas sur la terre us de mes pieds dursB
La tombe des h ros tomb s comme fruits m rsB
Et cet ge ternel qu'on daigna me promettreF
Est ce un rapide jour qui semble toujours na treF
Sombre Destin pens e o tout est r soluE
Destin tout mourra quand tu l'auras vouluE
-
Et durant ce discours Orph e aux yeux splendidesB
Lisant sur ce grand front tout sillonn de ridesB
La profonde pens e et le secret du SortF
Croit voir un Dieu couvert des ombres de la mortF
Cependant il se tait et respecte le sageI
Nul orgueil de savoir ne luit sur son visageI
Il attend que Khir n assouvissant sa faimJ
L'invite l' couter et lui r ponde enfinF
Le fier adolescent la t te boucl eF
Fils de la N r ide et du divin P l eF
Achille au coeur ardent tel qu'un jeune lionF
Qui joue en son repaire aux flancs du P lionF
S'empresse autour d'Orph e et du sage CentaureF
Souriant il leur verse un doux vin qui restaureF
Puis sur un disque il sert un tendre agneau fumantF
Et des g teaux de miel avec un pur fromentF
Parfois le grand vieillard qui naquit de PhyllireF
Et le roi de la Thrace la puissante lyreF
Admirent en secret cet enfant glorieuxB
Le plus beau des mortels issus du sang des DieuxB
D j sa haute taille avec gr ce s' lanceB
Comme un pin des for ts que la brise balanceB
Une flamme jaillit de son oeil courageuxB
Et soit qu'il s'abandonne aux h ro ques jeuxB
Soit qu'il fasse vibrer entre ses mains f condesB
La lyre aux chants divins m lodieuses ondesB
Comme un nuage d'or diaphane et mouvantF
voir ses longs cheveux flotter au libre ventF
Et sur son col d'ivoire errer pleins de mollesseB
voir ses reins brillants de force et de souplesseB
Son bras blanc et nerveux au geste souverainF
Qui soutient sans ployer un bouclier d'airainF
Les deux sages d j devan ant les ann esB
D roulent dans leurs coeurs ses grandes destin esB
-
Mais le festin s'ach ve et sur sa large mainF
Le Centaure pensif pose un front surhumainF
Un long r ve surgit dans son me profondeF
Son oeil semble chercher un invisible mondeF
Son oreille attentive aux bruits qui ne sont plusB
Entend passer l'essaim des si cles r volusB
Il s'enflamme aux reflets de leur antique gloireF
Comme au vivant soleil luit une tombe noireF
Tels qu'un cho lointain qui meurt au fond des boisB
Des sons interrompus expirent dans sa voixB
Et de son coeur troubl l' lan involontaireF
Fait qu'il frappe soudain des quatre pieds la terreF
Comme pour embrasser des tres bien aim sB
Il ouvre son insu des bras accoutum sB
Il remonte les temps il s' crie il appelleE
Et sur son front la joie la douleur se m leE
Enfin sa voix r sonne et s'exhale en ces motsB
Comme le vent sonore meut les noirs rameauxB
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II-
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Oui j'ai v cu longtemps sur le sein de Kyb leE
Dans ma jeune saison que la Terre tait belleE
Les grandes eaux nagu re avaient de leurs limonF
Reverdi dans l'Aith r les pics altiers des montsB
Du sein des flots f conds les humides vall esB
De nacre et de corail et de fleurs toil esB
Sortaient telles qu'aux yeux avides des humainsB
De beaux corps ruisselants du frais baiser des bainsB
Et fumaient au soleil comme des urnes pleinesB
De parfums d'Ionie aux divines haleinesB
Les cieux taient plus grands D'un souffle g n reuxB
L'air subtil emplissait les poumons vigoureuxB
Et plus que tous baign des forces ternellesB
Des aigles de l'Athos je d daignais les ailesB
Sur la neige des mers Aphrodite en riantF
Comme un r ve enchant voguait vers l'OrientF
De sa conque flottant sur l'onde qui l'arroseB
La nacre aux doux rayons refl tait son corps roseB
Et l'Euros caressait ses cheveux d roul sB
Et l' cume baisait ses pieds immacul sB
Les Kharites en rond sur la mer murmuranteF
Emperlaient en nageant leur blancheur transparenteF
Et les Rires l gers dans leurs jeunes essorsB
Guidaient la Conque bleue et ses divins tr sorsB
-
vous plaines d'Hellas montagnes sacr esB
De la Terre au grand sein mamelles th r esB
pourpre des couchants splendeur des matinsB
fleuves immortels qu'en mes jeux enfantinsB
Je domptais du poitrail et dont l'onde cumanteF
Neige humide flottait sur ma croupe fumanteF
Oui j' tais jeune et fort rien ne bornait mes voeuxB
J' treignais l'univers entre mes bras nerveuxB
L'horizon sans limite aiguillonnait ma courseB
Et j' tais comme un fleuve gar de sa sourceB
Qui du sommet des monts soudain pr cipitF
Flot sur flot s'amoncelle et roule avec fiertF
Depuis que sur le sable o la mer vient bruireF
Kronos m'eut engendr dans le sein de PhyllireF
J'avais err sauvage et libre sous les airsB
Emplissant mes poumons du souffle des d sertsB
Et fuyant des mortels les obscures demeuresB
Je laissais s'envoler les innombrables heuresB
De leur rapide essor rival imp tueuxB
L'orage de mon coeur au cours tumultueuxB
Mieux qu'elles dans l'espace et l'ardente dur eF
Entra nait au hasard ma force inalt r eF
Et pourtant comme au sein des insondables mersB
Tandis que le Notos meut les flots amersB
L'empire de N r e nos yeux invisibleE
Ignore la tourmente et demeure impassibleE
Dans l'ab me inconnu de mon coeur troubl telE
J' tais calme sachant que j' tais immortelE
jours de ma jeunesse saint d lire forceB
ch nes dont mes mains brisaient la rude corceB
Lions que j' touffais contre mon sein puissantF
Monts t moins de ma gloire et rougis de mon sangK
Jamais jamais mes pieds fatigu s de l'espaceB
Ne suivront plus d'en bas le grand aigle qui passeB
Et comme aux premiers jours d'un monde nouveau nF
Jamais plus de flots noirs partout environnF
Je ne verrai l'Olympe et ses neiges dor esB
Remonter lentement aux cieux hyperbor esB
-
Khir n dit Orph e loigne de ton coeurF
Ces indignes regrets dont le sage est vainqueurF
Ton destin fut si beau parmi nos destins sombresB
Les si cles de la terre nos yeux couverts d'ombresB
Sous ton large regard ont pass si longtempsB
Et ta vie est si pleine fils a n du TempsB
Que l'auguste science en ton sein amass eF
Doit calmer pour jamais ta grande me bless eF
Daigne instruire plut t mes esprits incertainsB
Dis moi des peuples morts les antiques destinsB
Les luttes des h ros et la gloire des sagesB
Et le d roulement fatidique des gesB
Dis moi les Dieux arm s contre les fils du CielE
Asseyant dans l'Olympe un empire ternelE
Et les vaincus tombant sous les monts qui s' croulentF
Et Zeus pr cipitant ses triples feux qui roulentF
Et la Terre attentive ces combats g antsB
Engloutissant les morts dans ses gouffres b antsB
-
La sagesse est en toi fils d'une noble MuseB
Tu dis vrai car Kronos nos voeux se refuseB
Implacable et toujours avide de son sangK
Il m'emporte moi m me en son vol incessantF
Et les larmes jamais dans sa fuite ternelleE
N'ont fl chi ce Dieu sourd qui nous fauche de l'aileE
Tu sais tu sais d j noble A de tes yeuxB
Ont lu jusques au fond de mon coeur soucieuxB
Que tel qu'un voyageur errant quand la nuit tombeJ
Mon immortalit s'est heurt e la tombeJ
Je mourrai Le Destin m'attend au jour prescritF
Mais ta voix mon fils a calm mon espritF
Les justes Dieux comblant mon orgueilleuse envieL
Bien au del des temps ont prolong ma vieL
Et si je dois tomber comme un guerrier vaincuK
Calme je veux mourir ainsi que j'ai v cuK
Ecoute des vieux jours je te dirai l'histoireF
Leurs vastes souvenirs dormaient dans ma m moireF
Mais ta voix les r veille et ces jours glorieuxB
Vont clairer encor leur ciel myst rieuxB
mon h te aussi loin que mon regard se plongeI
Aux bornes du pass qui flotte comme un songeI
Quand la Terre tait jeune et quand je respiraisB
Les souffles primitifs des monts et des for tsB
Des sereines hauteurs o s' pandait ma vieL
Quand j'abaissais ma vue tonn e et ravieL
mes pieds r pandu j'ai contempl d'abordF
Un peuple qui des mers couvrait le vaste bordF
De noirs cheveux tombaient sur les larges paulesB
De ces graves mortels avares de parolesB
Et qui de P lasgos fils de la Terre issusB
S'abritaient demi de sauvages tissusB
Au sol qui les vit na tre enracin s sans cesseB
Ils paissaient leurs troupeaux pacifique richesseB
Sans que les flots profonds ou les sombres hauteursB
Eussent tent jamais leurs pas explorateursB
Ar s au casque d'or aux yeux pleins de courageI
Dans la paix de leurs coeurs ne jetait point l'orageI
Ignorant les combats ils taillaient au hasardF
De leurs grossi res mains de noirs abris sans artF
Et du sein de ces blocs o paissaient les cavalesB
D'inhabiles clameurs montaient par intervallesB
Cris des peuples enfants qui simples et pieuxB
Sentaient bondir leurs coeurs en pr sence des cieuxB
Car les temples sacr s les cit s sans pareillesB
Les hymnes qui des Dieux enchantent les oreillesB
Dans le sein de la Terre et des mortels futursB
Dormaient pr destin s des si cles plus m rsB
Sur la haute montagne o s'allumait l'auroreF
Interrogeant les Dieux qui se taisaient encoreF
Et dans mon jeune esprit pr t le contenirF
D posaient par clairs le splendide avenirF
Souvent je m ditais dans le repos de l' meF
Sur ces peuples pieux purs de crime ou de bl meF
Et je tournais parfois mes regards r fl chisB
Vers les noirs horizons que le Nord a blanchisB
-
Cependant Art mis la Vierge aux longues tressesB
Menant le choeur l ger des fi res chasseressesB
Sur la cime des monts mes pas familiersB
Poursuivait les grands cerfs travers les halliersB
Je rencontrai bient t la D esse virileE
Qui d'un chaste tissu couvre son flanc st rileE
L'arc d'ivoire la main et les yeux anim sB
Excitant de la voix ses l vriers aim sB
Et parfois confiant aux chos des montagnesB
Les noms m lodieux de ses belles compagnesB
Elle marchait rapide et sa robe de linF
Par une agrafe d'or son genou divinF
Se nouait et les bois respectant la D esseB
S' cartaient au devant de sa m le vitesseB
-
Je reposais au pied d'un ch ne aux noirs rameauxB
Les mains teintes encor du sang des animauxB
Car depuis qu'H lios dont le monde s' claireF
Avait pouss son char dans l'azur circulaireF
Par les taillis pais d'arbustes enlac sB
Sur les rochers abrupts de mousses tapiss sB
Sans rel che j'avais de mes mains meurtri resB
Perc les cerfs l gers errant dans les clairi resB
Et des fauves lions suivant les pas empreintsB
D'un olivier noueux bris leurs souples reinsB
Art mis s'arr ta sous le ch ne au tronc rudeF
Et d'une voix divine emplit la solitudeF
-
Khir n fils de Kronos habitant des for tsB
Dont la main est habile disposer les retsB
Et qui sur le sommet de mes vastes domainesB
Coules des jours sereins loin des rumeurs humainesB
Centaure l ve toi les Dieux te sont amisB
Sois le cher compagnon que leurs voix m'ont promisB
Et sur le vert Kynthios ou l' rymanthe sombreF
Sur le haut P li n noirci de pins sans nombreF
Aux cr tes des rochers o l'aigle fait son nidF
Viens fouler sur mes pas la mousse et le granitF
Viens Que toujours ta fl che ton regard fid leE
Atteigne aux cieux l'oiseau qui fuit tire d'aileE
Que jamais dans sa rage un hardi sanglierF
Ne baigne de ton sang les ronces du hallierF
Compagnon d'Art mis invincible comme elleE
Viens illustrer ton nom d'une gloire immortelleE
-
Et je dis D esse intr pide des boisB
Qui te plais aux soupirs des cerfs aux longs aboisB
Des l vriers lanc s sur la trace odoranteF
Vierge au coeur implacable et qui toujours erranteF
Tant t pousses des cris f roces l'arc en mainF
L'oeil brillant et tant t au d tour du cheminF
Sous les rameaux touffus et les branches fleuriesB
Entrelaces le choeur de tes Nymphes ch riesB
Art mis je suivrai tes pas toujours changeantsB
J'atteindrai pour te plaire en mes bonds diligentsB
Les biches aux pieds prompts et les taureaux sauvagesB
Qui troublent mugissants les bois et les rivagesB
Si tu daignes D esse accorder mes voeuxB
La blanche Kharikhl la Nymphe aux blonds cheveuxB
Qui s' l ve au milieu de ses soeurs effac esB
Comme un peuplier vert aux cimes lanc esB
-
La D esse sourit et chasseur courageuxB
Depuis dans les for ts je partageai ses jeuxB
Mais quand pour d'autres bords la Vierge Lato deF
Lasse de la vall e ou de la cime arideF
De ses Nymphes suivie l'horizon des flotsB
Volait vers Ortygie ou la sainte D losB
Je d posais mon arc et mes fl ches sanglantesB
Et le front inclin sur les divines plantesB
Je m ditais Kyb le au sein myst rieuxB
V n rable l'esprit blouissante aux yeuxB
-
Tels taient mes loisirs Chanteur magnanimeF
Tel je vivais heureux sur la terre sublimeF
Toujours l'oreille ouverte aux bruits universelsB
Souffles des deux chos des parvis immortelsB
Voix humaines soupirs des for ts murmurantesB
Chansons de l'Hydriade au sein des eaux courantesB
Et formant sans remords le tissu de mes joursB
De force et de sagesse et de chastes amoursB
Oui tel j' tais mon h te en ma saison superbeO
Je buvais l'eau du ciel et je dormais sur l'herbeO
Et parfois l'abri des bois myst rieuxB
Comme fait un ami j'entretenais les DieuxB
En ce temps sur l'Ossa ceint d' clatants oragesB
J'errais et sous mes pieds flottaient les lourds nuagesB
Quand au large horizon par ma vue embrassB
O sommeille Bor e en son antre glacK
Je vis couvrant les monts et noircissant les plainesB
Atti dissant les airs d'innombrables haleinesB
Incessant et pareil aux pais bataillonsB
Des avides fourmis dans le creux des sillonsB
Un peuple arm surgir Des chevelures blondesB
Sur leurs dos blancs et nus en boucles vagabondesB
Flottaient et les chos des monts qui s' branlaientF
De leurs chants belliqueux s'emplissaient et roulaientF
Telle la vieille mer aux forces formidablesB
Amasse un noir courroux dans ses flots insondablesB
Se gonfle se d roule et sous l'effort des ventsB
l'assaut des grands caps pousse ses flots mouvantsB
L'Olympe tremble au bruit et la rive press eF
Palpite sous le poids d' cume h riss eF
Ainsi ce peuple fier aux combats sans gauxB
Heurte dans son essor l'antique P lasgosB
Et sur ces bords berc s d'un repos s culaireF
Pour la premi re fois a rugi la Col reF
-
Les troupeaux perdus au hasard dispers sB
Mugissent dans la flamme et palpitent perc sB
Comme au vent orageux volent les feuilles s chesB
Les airs sont obscurcis d'un nuage de fl chesB
Superbe et furieux l' talon hennissantF
Tra ne les chars d'airain dans un fleuve de sangK
Et la clameur f roce aux l vres cumantesB
Les supr mes soupirs les poitrines fumantesB
Les t tes bondissant loin du tronc palpitantF
Le brave aim des Dieux qui tombe en combattantF
Le l che qui s'enfuit la vieillesse l'enfanceB
Et la vierge au corps blanc qu'un fer cruel offenseB
Tout cris soupirs courage ardeur efforts virilsB
Tout proclame l'instant des supr mes p rilsB
L'heure sombre o l' r be en ses parois profondesB
Engloutit par essaims les races vagabondesB
Jusqu'au jour ternel o leurs restes parsB
Dans le repos premier rentrent de toutes partsB
Et d'une vie antique effa ant le vestigeI
Unissent dans la mort les rameaux la tigeI
-
Les Pasteurs refoul s par ces torrents humainsB
Se frayaient g missants d'inhabiles cheminsB
Emportant de leurs Dieux les g antes imagesB
Les uns par grands troupeaux fuyaient sur les rivagesB
Les autres unissant les ch nes aux troncs vertsB
Allaient chercher sur l'onde un meilleur universB
Et quand tout disparut race morte ou vivanteF
Moissonn e en monceaux ou prise d' pouvanteF
Je vis sur les d bris de ce monde effacK
Un nouveau monde cro tre et vers les cieux poussB
Comme un ch ne noueux aux racines sans nombreF
Epancher sur le sol sa fra cheur et son ombreF
Tandis que du Destin l'oracle originelE
Parlant une autre langue aux ab mes du cielE
Sous mes yeux blouis d roulait cette heureF
Le sort plus glorieux d'une race meilleureF
Alors je descendis du mont accoutumF
Chez ce peuple aux beaux corps des Immortels aimF
Ainsi l'aigle lass de la nue ternelleE
Dans l'ombre des vallons vient reposer son aileE
Roi de l'H mos ma voix aux superbes d dainsB
N'avait jamais frapp l'oreille des humainsB
Jamais encor mes bras n'avaient de leur treinteF
Dans un coeur ennemi fait palpiter la crainteF
J'ignorais la col re et les combats sanglantsB
Et fier de quatre pieds aux rapides lansB
De ma force prouv e aux lions redoutableE
J'irritai dans sa gloire une race indomptableE
L'insens e ignorait que le fer ni l'airainF
Ne pouvaient entamer mon corps pur et sereinF
Semblable sous sa forme apparente l'essenceB
Des impalpables Dieux Ma c leste naissanceB
Le sentiment profond de ma force ou plut tF
L'inexorable Ar s qui m'enflammait d'en hautF
Excitant mon courage la lutte guerri reF
Rougit d'un sang mortel ma fl che meurtri reF
Que de h ros anciens dignes de mes regretsB
Sur la rive des mers dans l'ombre des for tsB
Race hardie en proie ma fureur premi reF
J'arrachai noble Orph e la douce lumi reF
Peut tre que vengeant le divin P lasgosB
J'allais d'un peuple entier d sh riter ArgosB
Si la grande Ath n D esse tut laireF
N'e t bris le torrent d'une aveugle col reF
J'ensevelis les morts que j'avais immol sB
J'honorai leur courage et leurs m nes troubl sB
Et la Paix souriante aux mains toujours fleuriesB
Apaisa pour jamais nos mes aguerriesB
-
Mais peine chapp e aux combats d vorantsB
La Terre tressaillit sous des efforts plus grandsB
Et comme aux jours anciens o tomba Prom th eF
L'Aith r devint semblable la mer agit eF
Les astres vacillaient dans l' cume des cieuxB
Et la nue au flanc d'or voile myst rieuxB
En des lambeaux de feu d chir e et flottanteF
Montrait des p les Dieux la foule palpitanteF
La clameur des mortels roulait les flots grondaientF
Et d'eux m mes au loin en sanglots s' pandaientF
Comme de noirs captifs qui dans l'ombre nocturneF
Redemandent la vie l' cho taciturneF
Et d sesp r ment se heurtent front sur frontF
Or la Terre vengeait enfin l'antique affrontF
Du Dieu source des Dieux que de sa faux cruelleE
Mon p re mutila dans la vo te ternelleE
Alors que d bordant comme un fleuve irritF
Le Sang subtil coula du ciel pouvantF
Et qu'en flots clandestins la divine SemenceB
F conda lentement la Terre au sein immenseB
-
-
Donc du crime infini formidables vengeursB
Naquirent tout arm s les G ants voyageursB
Monstres de qui la t te tait ceinte de nuesB
Dont le bras branlait les montagnes chenuesB
Et qui toujours marchant secouaient d'un pied lourdF
Les entrailles du monde et jusqu' l'Had s sourdF
De leurs soixante voix l'injure irr sistibleE
Retentit tout coup dans l'Olympe paisibleE
Mais ne pouvant porter au sein des larges cieuxB
Terreur des Immortels leurs fronts audacieuxB
Les premiers Diophore et l'informe EnceladeF
De l'Empire c leste ont tent l'escaladeF
L'H mos d racin sur l'Ossa s'est dressB
Puis tous deux sur Athos qui rugit crevassB
Quand le noir P li n sur tous trois s'amoncelleE
L' chelle monstrueuse en sa hauteur chancelleE
Mais franchissant d'un bond ses immenses degr sB
Les G ants vont heurter les palais th r sB
Tout tremble En vain la foudre au bras de Zeus s'embraseB
Sous leurs blocs meurtriers dont la lourdeur craseB
Les enfants d'Ouranos vont briser de leurs mainsB
L'O ympe blouissant v n r des humainsB
Des Dieux inf rieurs la foule vagabondeF
Par les sentiers du ciel fuit aux confins du mondeF
Et peut tre en ce jour dispersant leurs autelsB
L'Er be dans son sein e t pris les ImmortelsB
Si changeant d'un seul coup la d faite mobileE
Ath n n'e t perc Pallas d'un trait habileE
-
Alors du P li n soudain pr cipitF
Encelade recule et d'un front indomptF
Il brave encor des Dieux la col re implacableE
Mais le fumant Aitna de tout son poids l'accableE
Il tombe enseveli Vainement foudroyF
Diophore a saisi Pallas p trifiL
A la fille de Zeus de son bras athl tiqueK
Il le lance et le corps du G ant granitiqueK
Retombe en tournoyant et brise son front durF
Comme le pied distrait crase le fruit m rF
Polybote perdu fuit dans la mer profondeF
Et ses reins monstrueux dominent au loin l'ondeF
Et de ses larges pas mieux que les lourds vaisseauxB
Il franchit sans tarder l'immensit des eauxB
Pos idon l'aper oit de ses bras formidablesB
Il enl ve Nysire et ses gr ves de sablesB
Et ses rochers moussus il la dresse dans l'airF
Et l' le aux noirs contours vole comme l' clairF
Gronde frappe et les os du g ant qui succombeF
Blanchissent les parvis de son humide tombeF
Tous croulent dans l'Had s o neuf fois de ses flotsB
La Styx qui les treint touffe leurs sanglotsB
Et les Dieux oubliant les discordes funestesB
Go tent d'un long repos les volupt s c lestesB
-
Et moi contemporain de jours prodigieuxB
En plaignant les vaincus j'applaudissais aux DieuxB
Certain de leur justice et pourtant dans mon meF
Roulant un noir secret br lant comme la flammeF
Et je laissais flotter au bord des flots assisB
Dans le doute et l'effroi mes esprits ind cisB
Songeur je me disais Sur les cimes neigeusesB
L'aigle peut d ployer ses ailes orageusesB
Et l'oeil vers H lios incessamment tenduF
Briser l'effort des vents dans l'espace perduF
Car sa force est cach e en sa lutte ternelleE
Il se compla t s'admire et s'agrandit en elleE
Avide de lumi re alt r de combatsB
Le sol est toujours noir les deux sont toujours basB
Il vole il monte il lutte et sa serre hardieF
Saisit le triple clair dont le feu l'incendieF
Les sereines for ts aux silences paisB
Ch res au divin Pan ruisselantes de paixB
Les sereines for ts immobiles nagu resB
Peuvent s' cheveler comme des fronts vulgairesB
L'ouragan qui se rue en bonds tumultueuxB
Peut des ch nes sacr s briser les troncs noueuxB
L'astre peut resplendir dans la nue azur eF
Et brusquement s' teindre au sein de l'Empyr eF
L'Oc an peut rugir la Terre s' branlerF
Les races dans l'Had s peuvent s'amoncelerF
L'aveugle Mouvement de ses forces profondesB
Faire osciller toujours les mortels et les mondesB
Mais d'o vient que les Dieux qui ne mourront jamaisB
Et qui du large Aith r habitent les sommetsB
Les Dieux g n rateurs des astres et des tresB
Les Rois de l'Infini les implacables Ma tresB
En des combats pareils aux luttes des h rosB
De leur ternit troublent le s r reposB
Est il donc par del leur sph re blouissanteF
Une Force impassible et plus qu'eux tous puissanteF
D'inalt rables Dieux sourds aux cris insulteursB
Du mobile Destin augustes spectateursB
Qui n'ont jamais connu se contemplant eux m mesB
Que l' ternelle paix de leurs songes supr mesB
-
R pondez r pondez Terre Flots CieuxB
Que n'ai je roi d'Athos ton vol audacieuxB
Que ne puis je Bor e tes souffles terriblesB
Confier mon essor vers ces Dieux invisiblesB
Oh sans doute leurs pieds p les OlympiensB
Vous rampez Faibles Dieux vous n' tes plus les miensB
Comme toi blond Phoibos qu'honore Lykor eF
Je darde un trait aigu d'une main assur eF
Python e t succomb sous mes coups affermisB
J'ai devanc ta course l g re Art misB
Comme vous immortel ma force me prot geI
Les Dieux des bois souvent ont form mon cort geI
J'ai port des lions dans mes bras touffantsB
Et mon p re Kronos est votre a eul enfantsB
Zeus les noirs G ants ont balanc ta gloireF
C'est aux Dieux inconnus qu'appartient la victoireF
Et mon culte trop fier pour tes autels troubl sB
Veut monter vers ceux ci de la crainte isol sB
Qui n'ont point combattu qui baign s de lumi reF
Dans le sein de la Force ternelle et premi reF
R gnent calmes heureux immobiles sans nomF
Irr sistibles Dieux qui nul n'a dit NonF
Qui contiennent le monde en leurs seins impalpablesB
Et qui vous jugeront hommes et Dieux coupablesB
-
H las tel je songeais Chanteur m lodieuxB
J'osais d lib rer sur le Destin des DieuxB
Ils m'ont puni Bient t les K res indign esB
Trancheront le tissu de mes longues ann esB
La fl che d'H rakl s finira mes remordsB
J'irai m ler mon ombre au vain peuple des mortsB
Et l'antique Chasseur des for ts centenairesB
Poursuivra dans l'Had s les cerfs imaginairesB
Et depuis j'ai v cu mais dans mon sein gardantF
Ce souvenir lointain comme un remords ardentF
Pour adoucir les Dieux pour expier ma fauteF
J'ai creus cette grotte o tu si ges mon h teF
Et l durant le cours des ges j'ai nourriF
De sagesse et d'amour tout un peuple ch riF
Peuple d'adolescents sacr s race immortelleE
Que le lion sauvage engraissait de sa moelleE
Et que l'antique Hellas en des tombeaux pieuxB
Tour tour a couch s aupr s de leurs a euxB
-
Viens toi le dernier des nourrissons sublimesB
Que mes bras paternels berceront sur ces cimesB
rejeton des Dieux mon fils bien aimF
Toi qu'aux m les vertus tout enfant j'ai formF
Et qui de mes vieux jours consolant la tristesseB
Fais mon plus doux orgueil et ma seule richesseB
Fils du brave P l e Achille au pied l gerF
Puisse ton coeur grandir et ne jamais changerF
mon enfant si cher Hellas est dans l'attenteF
Quels feux clipseront ton aurore clatanteF
Le plus grand des guerriers embrassant tes genouxB
Au pied des murs d'Ilos expire sous tes coupsB
Un Dieu te percera de sa fl che assassineF
Mais comme un ch ne altier que l' clair d racineF
Et qui r gnant parmi les h tres et les pinsB
Emoussa la cogn e ses rameaux divinsB
Sous le couteau sacr la vierge P lasgiqueK
Baignera de son sang ta d pouille h ro queK
Et sur le bord des mers j'entends Hellas en pleursB
Troubler les vastes cieux du cri de ses douleursB
Tu tombes jeune encor mais ta rapide vieL
D'une gloire immortelle mon fils est suivieL
L'avenir tout entier en sonores chosB
Fait retentir ton nom dans l' me des h rosB
Et l'aride Troade o tous viendront descendreF
Les verra tour tour inclin s sur ta cendreF
-
Le Centaure se tait Dans ses bras v n r sB
S' lance le jeune homme aux longs cheveux dor sB
De son coeur g n reux la fibre est agit eF
Il baise de Khir n la face respect eF
Et gracieux soutien du vieillard abattuF
Il le r chauffe au feu de sa jeune vertuF
-
III-
-
Mon h te dit Khir n d s qu'aux vo tes profondesB
La fille de Thia l'Aurore aux tresses blondesB
Montera sur son char de perles et d'argentF
Presse vers Iolkos un retour diligentF
Mais la divine Nuit ceinte d'astres balanceB
La Terre encor plong e en un vaste silenceB
Et seul le doux Sommeil le fr re d'AtroposB
Plane d'un vol muet dans les cieux en reposB
Je ne foulerai point Arg charg de gloireF
Noble A de J'attends le jour expiatoireF
Et mon dernier regard de tristesse inclinF
Contemple pour jamais la terre o je suis nF
L'Euros aux ailes d'or d'une haleine attendrieF
Confiera ma poussi re la douce patrieF
O fleurit ma jeunesse o se cloront mes yeuxB
Porte au grand H rakl s mes supr mes adieuxB
Dis lui que r sign soumis des lois justesB
Je vois errer ma mort entre ses mains augustesB
Et que nulle col re en mon nom paternelE
Ne br le contre lui pour ce jour solennelE
Mais H lios encor dans le sein de N r eF
N'entr'ouvre point des d'eux la barri re dor eF
Tout repose l'Olympe et la Terre au sein durF
Tandis que S l n s'incline dans l'azurF
Daigne harmonieux Roi qu'Apollon m me envieL
Charmer d'un chant sacr notre oreilie ravieL
Tel que le noir Had s l'entendit autrefoisB
En rythmes cadenc s s' lancer de ta voixB
Quand le triple Gardien du Fleuve aux eaux lividesB
Referma de plaisir ses trois gueules avidesB
Et que des p les Morts la foule suspenditF
Dans l'ab me sans fond son tourbillon mauditF
-
Comme au fa te des monts Apoll n Musag teF
Le fils de Kalliope est debout Il rejetteF
Sur son dos large et blanc exerc dans les jeuxB
Ses cheveux clatants sa robe aux plis neigeuxB
Il regarde l'Olympe o ses yeux savent lireF
Et du fils de P l e il a saisi la lyreF
Sous ses doigts surhumains les cordes ont fr miF
Et s'emplissent d'un souffle en leur sein endormiF
Souffle immense pareil aux plaintes magnanimesB
De la mer murmurante aux sonores ab mesB
Tel le faible instrument g mit sous ses grands doigtsB
Et roule en chants divins pour la premi re foisB
Un Dieu du grand A de largit la poitrineF
D'une ardente lueur son regard s'illumineF
Il va chanter il chante Et l'Olympe charmF
S'abaisse de plaisir sur le mont enflammF
Kyb le aux pis d'or sereine in puisableE
Des gr ves o les flots expirent sur le sableE
Jusqu'aux pres sommets o dorment les hiversB
D'all gresse a senti tressaillir ses flancs vertsB
L' talon hennissant de volupt palpiteF
De son nid tout sanglant l'aigle se pr cipiteF
Le lion tonn battant ses flancs velusB
S' lance du repaire en bonds irr solusB
Et les timides cerfs et les biches agilesB
Les Dryades per ant les corces fragilesB
Les Satires guetteurs des Nymphes au sein nuF
Tous se sentent pouss s par un souffle inconnuF
Et vers l'antre o la lyre en chantant les rassembleE
Des plaines et des monts ils accourent ensembleE
-
Ainsi divin Orph e chanteur inspirF
Tu d roules ton cceur sur un mode sacrF
Comme un croulement de foudres rugissantesB
La col re descend de tes l vres puissantesB
Puis le calme succ de l'orage du cielE
Un chant majestueux qu'on dirait ternelE
Enveloppe la lyre entre tes bras vibranteF
Et l'oreille attach e cette me mouranteF
Poursuit dans un cho d croissant et perduF
Le chant qui n' tant plus est toujours entenduF
Le P l ide coute et la lyre est muetteF
Alt r d'harmonie il incline la t teF
Sous l'or de ses cheveux d'une noble rougeurF
L'enthousiasme saint br le son front songeurF
Une ardente pens e en son coeur touff eF
L'oppresse de sanglots mais il contemple Orph eF
Et dans un cri sublime il tend ses bras joyeuxB
Vers cette face auguste et ces splendides yeuxB
O du c leste clair que ravit Prom th eF
Jaillit imp rissable une flamme rest eF
Comme si le Destin e t voulu confierF
La flamme o tous vont boire et se vivifierF
Au fils de Kalliope au Chanteur solitaireF
Que ch rissent les Dieux et qu'honore la TerreF
-
Mais le sombre horizon des deux les monts dormantsB
Qui baignent leurs pieds lourds dans les flots cumantsB
Les for ts dont l'Euros fait osciller les branchesB
Tout s' veille s'argente des clart s plus blanchesB
Et d j de la nuit illuminant les pleursB
L'Aurore monte au sein d'un nuage de fleursB
Orph e a vu le jour toi que je r v reF
grand vieillard dit il dont le Destin s v reF
D'un voile de tristesse obscurcit le d clinF
Je te quitte mon p re Et comme un orphelinF
Baigne au d part de pleurs des cendres pr cieusesB
Je t'offre le tribut de mes larmes pieusesB
Contemporain sacr des ges r volusB
Adieu Centaure adieu je ne te verrai plusB
Fils de P l e adieu puissent les Dieux permettreF
Qu'un jour ton coeur atteigne aux vertus de ton ma treF
Sois le plus g n reux le plus beau des mortelsB
Le plus brave et des Dieux honore les autelsB
Salut divin asile grotte hospitali reF
Salut lyre docile ma main famili reF
D pouilles des lions qu'ici foula mon corpsB
Montagnes bois vallons tout pleins de mes accordsB
Cieux propices salut Ma t che est termin eF
-
Il dit Et de Khir n la langue est encha n eF
Il semble qu'un Dieu gronde en son sein agitF
Des pleurs baignent sa face mon fils regrettF
Divin Orph e adieu Mon coeur suivra ta traceB
Des rives de Pagase aux fleuves de la ThraceB
Je vois le noir Arg sur les flots furieuxB
S' lancer comme l'aigle son but glorieuxB
Et dans le sein des mers les blanches Kyan esB
Abaisser ta voix leurs t tes mutin esB
Et Kolkhos est vaincue Et remontant aux lieuxB
O luit l'Ourse glac e la borne des cieuxB
De contr e en contr e Arg qu'un Dieu secondeF
D'un cours aventureux enveloppe le mondeF
Mais crime douleur ternelle en sanglotsB
Quelle t te sacr e errant au gr des flotsB
Harmonieuse encore et d'un sang pur tremp eF
Roule et g mit du thyrse indignement frapp eF
Iakkhos Iakkhos Dieu bienveillant tra nF
Par la fauve panth re Iakkhos couronnF
De pampres et de lierre et de vendanges m resB
Dieu jeune qui te plais aux furieux murmuresB
Des femmes de l'Ed n et du Mimas toiF
Qui d cha nes la nuit sur les monts pleins d'effroiF
Comme un torrent de feu l'ardente SabasieB
De quels regrets ton me van sera saisieB
Quand ce divin Chanteur gorg dans tes jeuxB
Rougira de son sang le Strym n orageuxB
mon fils Mais sa voix expire dans les larmesB
-
Centaure dit Orph e apaise tes alarmesB
Les pleurs me sont sacr s qui tombent de tes yeuxB
Mais la vie et la mort sont dans la main des DieuxB
-
Il marche et reprenant le sentier de la veilleE
S' loigne Le ciel luit le P li n s' veilleE
Tout frais de la ros e attach e ses flancsB
Au souffle du matin les pins tincelantsB
S'entretiennent au fond de la montagne immenseB
Le bruit universel des tres recommenceB
Les grands troupeaux suivis des agrestes pasteursB
Regagnent la vall e humide ou les hauteursB
Verdoyantes Voici les vierges au doux rireF
O rayonne la joie o la candeur respireF
Qui retournent avec leurs na ves chansonsB
Les unes aux cours d'eau les autres aux moissonsB
Mais jeune tr sor de la terre divineF
Quelle crainte soudaine en vos yeux se devineF
D'o vient que votre sein s' meuve et que vos pasB
S'arr tent et qu'ainsi vous vous parliez tout basB
Montrant de vos bras nus o le d sir se poseB
Une apparition dans le lointain closeB
vierges pasteurs de quel trouble assi g sB
Restez vous beaux corps nus en marbre blanc chang sB
Serait ce qu'un lion d sertant la montagneF
Bondisse l'oeil ardent suivi de sa compagneF
D vor s de famine et d j r jouisB
Un clair mena ant vous a t il blouisB
Non D'un respect pieux votre me s'est remplieE
C'est ce m me tranger que jamais nul n'oublieE
Et qui marche semblable aux Dieux Son front sereinF
Est tourn vers l'Olympe et d'un pied souverainF
Il foule sans le voir le sentier qui serpenteF
D j du P li n il a franchi la penteF
Les vierges les pasteurs l'ont vu passer pr s d'euxB
Mais il s'arr te et dit Enfants soyez heureuxB
Pasteurs adolescents vierges chastes et bellesB
Salut Puissent vos coeurs tre forts et fid lesB
Bienheureux vos parents Honneur de leurs vieux joursB
Entourez les enfants de pieuses amoursB
Et que les Dieux contents de vos vertus naissantesB
Vous prodiguent longtemps leurs faveurs caressantesB
-
Il dit et dispara t Mais la sublime VoixB
Dans le cours de leur vie entendue une foisB
Ne quitte plus jamais leurs mes encha n esB
Et quand l' ge jaloux a fini leurs ann esB
Des maux et de l'oubli ce souvenir vainqueurF
Fait descendre la paix divine dans leur coeurF

Charles Marie Rene Leconte De Lisle



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